BHA, BHT et conservateurs des croquettes : mythes contre preuves

Le BHA et le BHT sont des antioxydants de synthèse qui protègent les graisses des croquettes du rancissement. Leur présence inquiète parce que le BHA figure sur des listes de substances surveillées : le National Toxicology Program américain le range parmi les substances raisonnablement suspectées d'être cancérigènes pour l'humain, sur la base d'études animales à fortes doses (NTP, Report on Carcinogens). Mais le danger intrinsèque d'une substance et son risque aux doses réellement employées sont deux questions distinctes, et c'est cette distinction qui structure tout le dossier.

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Ce guide expose d'abord la croyance, puis la confronte aux avis des agences, aux doses d'usage et au statut réglementaire, en distinguant l'Union européenne des États-Unis. Il compare ensuite les conservateurs de synthèse aux alternatives naturelles, sur l'efficacité et la durée, sans présenter le naturel comme intrinsèquement plus sûr.

Sur cette page (conservateurs croquettes)

Le BHA et le BHT sont-ils cancérigènes ?

Réponse rapide. Le débat reste ouvert. Le BHA est classé par le National Toxicology Program comme raisonnablement suspecté d'être cancérigène humain, sur la base d'études animales à fortes doses (NTP, Report on Carcinogens). Aux doses d'usage autorisées, aucune relation causale avec un cancer n'est établie. Le BHT n'a pas le même classement.

Le classement du BHA repose sur des tumeurs de l'avant-estomac observées chez le rongeur à fortes doses, statut maintenu par le NTP depuis 1991. Or l'avant-estomac du rongeur n'a pas d'équivalent anatomique direct chez le chien, le chat ou l'humain, ce qui limite la transposition mécanique de ce résultat. La toxicologie distingue par ailleurs la dose expérimentale, très élevée, de la dose d'usage, faible et plafonnée par la réglementation.

Aux niveaux autorisés, aucune causalité avec un cancer n'est démontrée pour le BHA ou le BHT (EFSA ; FDA). Le débat porte donc sur la marge de sécurité, pas sur une toxicité prouvée aux doses légales. Le niveau de preuve d'une toxicité aux doses d'usage reste faible à incertain, ce qui justifie la prudence sans affirmer de danger établi.

Que disent l'EFSA et le CIRC à leur sujet ?

Réponse rapide. Les positions divergent par nuance mais convergent vers la prudence. L'EFSA a réévalué le BHA et le BHT et fixe des doses journalières admissibles, jugeant leur usage encadré acceptable. Le CIRC a classé le BHA en groupe 2B, peut-être cancérigène, sur des données animales. Aucune agence ne conclut à un danger prouvé aux doses alimentaires d'usage.

L'EFSA, autorité européenne, raisonne en dose journalière admissible : elle a confirmé des valeurs de référence pour le BHA et le BHT et maintient leur autorisation comme additifs encadrés (EFSA). Cette approche fixe un seuil sous lequel l'exposition est jugée sans risque appréciable. Le CIRC, agence cancer de l'OMS, classe pour sa part le BHA en groupe 2B, soit peut-être cancérigène pour l'humain, catégorie qui regroupe des substances aux preuves limitées (CIRC, Monographies).

Le sens de ce classement mérite d'être précisé : le groupe 2B a longtemps inclus des éléments aussi divers que l'aloe vera entier, ce qui illustre qu'il signale une incertitude, pas un risque avéré. Le BHT, lui, est classé en groupe 3 par le CIRC, soit inclassable quant à sa cancérogénicité. Les deux agences convergent donc vers la prudence sans affirmer de danger établi pour le chien ou le chat, les seuils retenus encadrant une exposition réelle très inférieure aux doses d'étude.

Quel est leur statut réglementaire dans l'Union et aux États-Unis ?

Réponse rapide. Le BHA (E320), le BHT (E321) et le gallate de propyle (E310) sont des antioxydants autorisés en alimentation animale dans l'Union, sous catégorie d'additifs technologiques. Le gallate de propyle a été réautorisé pour toutes les espèces par le Règlement (UE) 2025/281, avec une teneur maximale. Aux États-Unis, le BHA et le BHT relèvent du statut GRAS, à doses faibles.

Ces substances ne sont donc ni interdites ni hors cadre, ni en Europe ni aux États-Unis, à condition de respecter des seuils. Le Règlement (UE) 2025/281 du 12 février 2025 a confirmé l'autorisation du gallate de propyle pour toutes les espèces, avec un maximum de l'ordre de 100 mg/kg dans la ration (EUR-Lex). Chaque autorisation découle d'un avis de l'EFSA et d'un règlement daté.

Il ne faut pas confondre ce statut avec celui de l'éthoxyquine, antioxydant chimiquement voisin dont l'autorisation a été refusée dans l'Union par le Règlement (UE) 2022/1375 (EUR-Lex). Trois antioxydants proches peuvent ainsi avoir des statuts opposés selon l'état des données toxicologiques propres à chacun. L'autorisation s'apprécie substance par substance et dose par dose, jamais par famille entière.

Quels conservateurs naturels existent en alternative ?

Réponse rapide. Les principaux sont les tocophérols mixtes (vitamine E), l'extrait de romarin et l'acide ascorbique (vitamine C). Ils protègent les graisses du rancissement comme les antioxydants de synthèse, en captant les radicaux libres, mais agissent souvent moins longtemps. Leur efficacité dépend du dosage, de l'emballage et de la durée de conservation visée.

Les tocophérols mixtes, forme de vitamine E, sont le substitut le plus répandu, complété par l'extrait de romarin riche en acide carnosique et parfois par l'acide ascorbique (FEDIAF, 2024). Sur l'étiquette, la mention conservé avec des tocophérols (source de vitamine E) signale ce choix. Ces tocophérols portent les codes E306 à E309 dans l'Union et jouent un double rôle, antioxydant technologique et nutriment essentiel (EFSA).

La quantité ajoutée comme conservateur reste faible et ne couvre pas, à elle seule, le besoin nutritionnel en vitamine E, qui fait l'objet d'un apport distinct. La présence du mot tocophérol n'est donc pas un signal négatif, mais l'indication d'un système de conservation sans antioxydant de synthèse. Le niveau de preuve sur leur efficacité antioxydante est solide.

Le romarin et les tocophérols protègent-ils aussi bien ?

Réponse rapide. Moins longtemps, en général. L'extrait de romarin et les tocophérols protègent réellement les graisses de l'oxydation, mais leur effet est plus court et plus sensible à la chaleur que celui du BHA ou du BHT. Cela se traduit par une date de péremption souvent plus rapprochée, sans différence de sécurité démontrée (Tufts Petfoodology).

Le romarin, riche en acide carnosique, et les tocophérols ralentissent l'oxydation des lipides par un mécanisme comparable à celui des synthétiques (FEDIAF, 2024). La nuance porte sur la cinétique : ils se consomment plus vite et résistent moins à la chaleur de l'extrusion et au stockage prolongé. La moindre persistance impose des emballages plus protecteurs et des durées de conservation plus courtes, souvent de 12 à 18 mois (Tufts Petfoodology).

Un sac ouvert puis mal refermé annule une partie du bénéfice, car l'oxygène réactive l'oxydation que ces antioxydants peinent à contenir une fois entamés. La conservation après ouverture compte donc autant que le choix de l'antioxydant. Le niveau de preuve sur la moindre persistance des antioxydants naturels est solide et se lit dans les durées affichées ; aucune différence de sécurité aux doses d'usage n'est démontrée entre naturel et synthèse.

Comment repérer le système de conservation sur l'étiquette ?

Réponse rapide. En lisant la rubrique des additifs et la date de péremption. Les antioxydants de synthèse apparaissent sous les codes E320 (BHA), E321 (BHT) ou les mots BHA et BHT ; les naturels sous tocophérols ou extrait de romarin. Une date de conservation courte, de 12 à 18 mois, oriente souvent vers un système naturel.

L'information se trouve dans la liste des additifs, souvent après les constituants analytiques, où la réglementation européenne impose de déclarer les antioxydants ajoutés au produit fini (Règlement (CE) 767/2009). Un libellé comme antioxydants : tocophérols, extrait de romarin signale un système naturel ; BHA, BHT ou E320 indiquent la synthèse. La mention peut toutefois rester générique pour les matières premières achetées déjà stabilisées.

Un antioxydant peut en effet être présent dans une matière première, comme une farine de poisson, sans figurer sur l'étiquette du produit fini s'il a été ajouté en amont. C'est précisément ce mécanisme qui a longtemps masqué l'éthoxyquine, désormais refusée dans l'Union. En cas de doute, interroger le fabricant sur le système de conservation reste la voie la plus fiable, l'information étant ici pratique plutôt que toxicologique.

Comparatif : conservateurs de synthèse et naturels

Le tableau compare les principaux antioxydants utilisés dans les croquettes sur les critères qui décident de leur usage réel : statut réglementaire, classement sanitaire, durée de protection et repère d'étiquette. Aux doses d'usage, aucune différence de sécurité n'est démontrée entre naturel et synthèse ; la différence porte sur la durée et la perception.

ConservateurCode UEStatut UE alimentation animaleDurée de protectionRepère d'étiquette
BHAE320AutoriséLongueE320 ou BHA
BHTE321AutoriséLongueE321 ou BHT
Gallate de propyleE310Autorisé (Règlement (UE) 2025/281)LongueE310
Tocophérols mixtesE306 à E309AutoriséMoyenneSource de vitamine E
Extrait de romarinAdditif autoriséAutoriséMoyenneExtrait de romarin

La recommandation : la dose et l'usage avant le mot

Les preuves ne soutiennent ni un alarmisme ni une banalisation. Le BHA est suspecté à fortes doses expérimentales (NTP ; CIRC groupe 2B), mais aucune causalité n'est établie aux doses d'usage, l'EFSA fixant des doses journalières admissibles et maintenant l'autorisation (EFSA). Le BHT et le gallate de propyle restent autorisés dans l'Union, comme le BHA, sous réserve de seuils (Règlement (UE) 2025/281). Les conservateurs naturels protègent réellement les graisses, mais moins longtemps, sans gain de sécurité démontré (Tufts Petfoodology).

En pratique, la recommandation est de raisonner en dose et en usage, pas en connotation de mot. Lire la rubrique des additifs pour identifier le système de conservation, et croiser cette information avec la date de péremption, plus courte pour un système naturel. Choisir entre synthèse et naturel relève d'un compromis entre conservation prolongée et préférence pour des additifs d'origine végétale, sans que l'une soit intrinsèquement plus sûre que l'autre aux doses autorisées.

Un dernier mot sur la marge de sécurité, qui est le vrai sujet. Le danger intrinsèque d'une substance, mesuré à fortes doses sur le rongeur, n'est pas son risque réel à l'exposition alimentaire, plafonnée par la réglementation. Distinguer ces deux notions évite à la fois la peur infondée et la banalisation. Pour l'acheteur, le repère décisif reste l'adéquation nutritionnelle globale de l'aliment et la bonne conservation après ouverture, davantage que la présence d'un code antioxydant sur l'étiquette.

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Glossaire : BHA | Tocophérols (vitamine E)

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Sources : NTP, Report on Carcinogens (BHA) ; CIRC (IARC) Monographies, BHA groupe 2B et BHT groupe 3 ; EFSA, réévaluations du BHA (E320) et du BHT (E321) ; Règlement (UE) 2025/281 (EUR-Lex, gallate de propyle) ; Règlement (CE) 767/2009 (EUR-Lex) ; FDA, statut GRAS ; FEDIAF Nutritional Guidelines 2024 ; Tufts Petfoodology.